Vigne & vin bio

La viticulture bio en Nouvelle-Aquitaine : 30 211 hectares, un recul des conversions et des millésimes difficiles

Vigne & vin bio · Publié le 2026-10-27

Bâtiment moderne et bas, à façade claire, de l'Institut des sciences de la vigne et du vin, sous un ciel bleu
L'Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV) à Villenave-d'Ornon, près de Bordeaux, 2012. Photographie de Bdx, CC0.

La Nouvelle-Aquitaine abrite le vignoble bio le plus étendu de France à l'échelle d'un département, la Gironde. Après des années de forte croissance, la viticulture biologique de la région traverse une période de doute : les conversions se sont effondrées en 2024, le mildiou a imposé un millésime épuisant, et la question de la diversification se pose dans de nombreuses exploitations. Les chiffres de l'observatoire régional de l'agriculture biologique permettent d'en prendre la mesure.

Un vignoble bio concentré en Gironde

Selon l'observatoire régional de l'agriculture biologique (ORAB) de Nouvelle-Aquitaine, la région comptait fin 2024 30 211 hectares de vignes de raisins de cuve conduites en bio ou en conversion, soit 12,6 % de son vignoble, et 1 860 exploitations viticoles engagées. La Gironde en concentre l'essentiel avec 22 571 hectares : le vignoble bordelais représente 75 % du vignoble bio néo-aquitain, et la Gironde est le premier département viticole bio de France en surface. La Dordogne suit avec 3 222 hectares ; le Bergeracois représente 11 % du vignoble bio régional.

À l'échelle de toutes les productions, la Nouvelle-Aquitaine se maintient au deuxième rang national pour le bio, en nombre d'exploitations comme en surfaces, comme le rappelle notre article sur les chiffres de l'agriculture biologique.

Des surfaces certifiées en hausse, des conversions en chute

Les chiffres de 2024 montrent deux tendances opposées. Les surfaces certifiées continuent de progresser, de 2,8 %, soit environ 700 hectares de plus qu'en 2023 : ce sont les vignes engagées les années précédentes qui achèvent leurs trois ans de conversion. Mais les surfaces en conversion ont diminué de 55,6 %, soit 5 270 hectares de moins, ce qui entraîne une baisse globale des surfaces engagées de 13,2 %. C'est en Gironde que le recul des conversions est le plus marqué, avec 4 910 hectares convertis en moins par rapport à 2023.

Le nombre de producteurs de vignes bio a lui aussi reculé de 5 %, soit 97 producteurs de moins, sous l'effet conjugué d'une baisse des nouveaux engagements et d'arrêts d'exploitations certifiées. Comme la conversion d'une vigne dure trois ans, ce recul des engagements se traduira mécaniquement par un ralentissement de la croissance des surfaces certifiées dans les prochaines années.

2024, un millésime éprouvant

L'ORAB décrit 2024 comme une année particulièrement difficile pour les viticulteurs bio. Un hiver doux et pluvieux, combiné à un débourrement précoce, a créé une pression de mildiou exceptionnellement forte. Les pluies fréquentes ont obligé certains à renouveler leurs traitements jusqu'à quatre fois dans la semaine, et plus de vingt traitements ont été nécessaires dans certaines exploitations. Pour une majorité de viticulteurs, il a été impossible de respecter la limite de 4 kilos de cuivre métal par hectare et par an tout en obtenant des rendements corrects. Le cadre réglementaire du cuivre, durci en 2025, est détaillé dans notre article sur le cuivre en viticulture bio.

D'autres difficultés se sont ajoutées : la flavescence dorée, maladie de quarantaine qui impose des traitements obligatoires contre l'insecte vecteur, et une pression parfois très forte des vers de la grappe, notamment l'eudémis. En 2025, la pression des maladies fongiques est apparue plus maîtrisable, mais l'été a été marqué par plusieurs épisodes caniculaires, avec des températures supérieures à 40 °C qui ont réduit la taille des baies et donc les rendements.

Le contexte du marché

Ces difficultés agronomiques s'ajoutent à un contexte de marché tendu pour l'ensemble de la filière viticole, bio ou non : baisse de la consommation de vin, difficultés à l'export, arrachages aidés dans le Bordelais. L'observatoire régional note que, malgré une érosion générale de la consommation de vin, le vin bio conserve une clientèle, mais que les ventes stagnent dans les magasins spécialisés bio. Pour les domaines engagés en bio, le surcoût de production pèse d'autant plus lorsque le prix de vente ne le compense pas.

La diversification, une voie semée d'embûches

Face à ces chocs répétés, de nombreux viticulteurs réfléchissent à diversifier leur activité. L'ORAB cite des pistes comme les vins sans alcool, les boissons fermentées (kéfir, kombucha), ou le changement de culture. Chaque option soulève des questions concrètes : capacité d'investissement, main-d'œuvre disponible au bon moment, existence d'une filière capable de valoriser ces produits, rémunération du travail. La proximité de la retraite, le manque de capacité d'investissement ou l'incertitude freinent souvent le passage à l'action. L'ouverture récente de la désalcoolisation totale aux vins bio, présentée dans notre article sur les règles de vinification, élargit les possibilités, sans régler la question des débouchés.

Recherche et expérimentation

La région concentre une part importante de la recherche viticole française, autour de l'Institut des sciences de la vigne et du vin de Bordeaux, qui réunit des équipes de l'université de Bordeaux, de l'INRAE et de Bordeaux Sciences Agro, et des stations de l'Institut français de la vigne et du vin. Les travaux portent notamment sur les cépages résistants au mildiou et à l'oïdium, les outils de prévision des maladies, la réduction des doses de cuivre et l'adaptation au changement climatique. Le ministère de l'Agriculture a annoncé en 2026 le financement de cinq projets de recherche sur les alternatives au cuivre, dont un consacré à la viticulture, la poire et la pomme de terre biologiques.

Sources