Vigne & vin bio

Le cuivre en viticulture bio : 28 kg en sept ans, lissage et décisions de l'Anses de 2025

Vigne & vin bio · Publié le 2026-10-27

Rangs de vignes taillées en hiver sur un sol enherbé, avec des piquets alignés et des arbres nus à l'arrière-plan
Rangs de vignes en hiver dans le vignoble de Chateaux Luna, à Lysekil (Suède). Photographie de W.carter, CC0. Illustration générale.

Le mildiou de la vigne, un organisme venu d'Amérique du Nord au XIXe siècle, peut détruire une récolte en quelques semaines de temps chaud et humide. Contre lui, les viticulteurs bio disposent d'un outil principal, utilisé depuis l'invention de la bouillie bordelaise : le cuivre. Efficace et peu coûteux, il s'accumule pourtant dans les sols. Son usage est encadré au niveau européen, et les décisions prises en France en 2025 ont rendu sa gestion plus délicate.

Pourquoi le cuivre

Le cuivre agit par contact : déposé sur les feuilles et les grappes, il empêche la germination des spores du mildiou. Il n'a pas d'action curative et peut être lessivé par la pluie, d'où la nécessité de renouveler les traitements après de fortes précipitations. Il fait partie des substances inscrites à l'annexe I du règlement d'exécution (UE) 2021/1165, et donc utilisables en agriculture biologique. Aucune alternative de biocontrôle n'offre aujourd'hui, seule, une protection comparable dans les années de forte pression.

Le revers est connu : le cuivre est un métal qui ne se dégrade pas. Il s'accumule dans les horizons superficiels des sols viticoles et peut, à forte concentration, nuire aux vers de terre et à la vie microbienne. C'est pourquoi l'Union l'a classé parmi les substances candidates à la substitution, dont l'usage doit être réduit.

La règle européenne : 28 kg sur sept ans

Le règlement d'exécution (UE) 2018/1981 a renouvelé l'approbation des composés du cuivre en fixant une dose maximale de 28 kg de cuivre métal par hectare sur une période de sept ans, soit 4 kg par an en moyenne. Auparavant, la réglementation bio admettait 30 kg sur cinq ans, soit 6 kg par an. Le principe du « lissage » permettait d'utiliser davantage une année de forte pression et moins les années suivantes, tant que le total sur sept ans restait sous 28 kg.

L'approbation européenne devait expirer ; elle a été prolongée jusqu'au 30 juin 2029 par le règlement d'exécution (UE) 2025/1489 du 24 juillet 2025, le temps de terminer la réévaluation de la substance.

Les décisions de l'Anses de juillet 2025

Après le renouvellement de la substance, chaque État membre devait réévaluer les autorisations des produits commerciaux qui la contiennent. En France, l'Anses a publié le 15 juillet 2025 ses décisions pour 34 produits cupriques. Selon une question écrite publiée au Journal officiel le 31 mars 2026, 17 produits ont été retirés du marché, 8 ont perdu leur usage sur la vigne, et seuls deux ont été réautorisés pour la vigne, avec des restrictions. Les conditions d'emploi citées sont :

Dans sa réponse publiée le 14 avril 2026, le ministère de l'Agriculture indique que, pour chaque usage antérieur, au moins un produit à base de cuivre reste autorisé, sauf pour le houblon ; que les produits non renouvelés restent utilisables jusqu'au 15 janvier 2027 ; et qu'une quinzaine de décisions restent attendues. Il annonce des démarches auprès des fabricants pour adapter les conditions d'emploi, une amélioration de la reconnaissance mutuelle des autorisations étrangères, et le financement de cinq projets de recherche sur des alternatives, pour 24,4 millions d'euros sur cinq ans.

Le millésime 2024, révélateur

L'observatoire régional de l'agriculture biologique de Nouvelle-Aquitaine décrit 2024 comme un millésime éprouvant : un hiver doux et pluvieux suivi d'un débourrement précoce a créé une pression de mildiou exceptionnelle. Dans certaines exploitations, plus de vingt traitements ont été nécessaires, et pour une majorité de viticulteurs, il a été impossible de tenir les 4 kg de cuivre par hectare et par an tout en obtenant des rendements corrects. Ces difficultés sont détaillées dans notre article sur la viticulture bio en Nouvelle-Aquitaine.

Une note de l'Anses citée par l'observatoire conclut que les scénarios de forte réduction ou de retrait du cuivre entraînent des performances technico-économiques inférieures à la situation actuelle, en viticulture bio comme en conventionnel, dans les conditions actuelles de production.

Utiliser moins de cuivre

Les viticulteurs disposent de plusieurs leviers pour réduire les doses sans perdre leur récolte :

  1. Les outils d'aide à la décision : modèles de prévision du risque de mildiou, stations météo, bulletins de santé du végétal, pour traiter au bon moment plutôt qu'à intervalles fixes.
  2. Des doses ajustées à la surface foliaire réelle, faibles en début de saison.
  3. Un pulvérisateur bien réglé, qui dépose le produit là où il faut et limite les pertes.
  4. La prophylaxie : effeuillage, maîtrise de la vigueur (à laquelle contribue l'enherbement des rangs), aération des grappes.
  5. Les cépages résistants au mildiou et à l'oïdium, issus de programmes de sélection, qui réduisent fortement le nombre de traitements, mais dont l'usage dans les appellations reste encadré.
  6. Les produits de biocontrôle et les substances de base, en complément, avec une efficacité encore variable.

Sources