Vigne & vin bio

Vin bio : ce que changent les règles de vinification biologique

Vigne & vin bio · Publié le 2026-10-27

Photographie ancienne en noir et blanc d'un chai : de longues rangées de barriques couchées sous une charpente en bois
Chai à barriques des Auldana Cellars (Australie-Méridionale). Photographie du photographe du gouvernement de l'État, CC0. Illustration générale.

Pendant longtemps, l'Europe n'a connu que du « vin issu de raisins de l'agriculture biologique » : les raisins étaient certifiés, la vinification non. Depuis les vendanges 2012, la mention « vin biologique » couvre l'ensemble du processus, de la vigne à la bouteille. Les règles de cave sont aujourd'hui intégrées au règlement (UE) 2018/848 et à ses textes d'application. Elles tiennent en quelques principes : des ingrédients biologiques, moins de procédés physiques intrusifs, et moins de sulfites.

Des raisins et des ingrédients biologiques

Un vin bio provient de raisins issus de vignes certifiées, cultivées selon les règles décrites dans nos articles sur la protection de la vigne et l'enherbement. Les produits d'origine agricole ajoutés pendant la vinification, quand ils sont autorisés, doivent eux aussi être biologiques : sucre pour l'enrichissement, moût concentré rectifié, alcool pour les vins mutés, et certains auxiliaires d'origine agricole lorsqu'ils existent en bio. Les levures doivent être biologiques lorsqu'elles sont disponibles.

Le vin bio respecte d'abord toutes les règles générales de l'organisation commune des marchés vitivinicoles et, le cas échéant, le cahier des charges de son appellation. Les règles bio s'y ajoutent ; elles ne s'y substituent pas.

Les pratiques et procédés interdits

Le règlement exclut plusieurs techniques jugées contraires aux principes de la production biologique, parce qu'elles modifient trop profondément la composition du vin :

L'électrodialyse a fait l'objet de débats. Dans une réponse à une question écrite, le ministère de l'Agriculture a rappelé que cette technique, qui extrait des ions sous l'effet d'un champ électrique, est jugée contraire aux principes de l'article 7 du règlement 2018/848, consacré aux principes de la transformation.

Chaleur et filtration : des limites physiques

Les traitements thermiques sont autorisés jusqu'à 75 °C, ce qui permet la flash-pasteurisation. La limite était de 70 °C jusqu'à la fin de 2021. La flash-détente, qui chauffe la vendange à des températures plus élevées pour extraire couleur et tanins, n'est donc pas possible en bio.

La filtration et la centrifugation sont permises, mais la taille des pores des filtres ne peut pas être inférieure à 0,2 micromètre. Cela exclut l'ultrafiltration et la nanofiltration, qui retiennent des molécules du vin lui-même.

Les sulfites : des plafonds abaissés

Le dioxyde de soufre (SO₂) protège le vin contre l'oxydation et les micro-organismes indésirables. Il est autorisé en bio, mais avec des teneurs maximales plus basses que pour le vin conventionnel :

Vin (sucres résiduels inférieurs à 2 g/l)Teneur maximale en bio
Rouge100 mg/l
Blanc et rosé150 mg/l
Autres vins (moelleux, liquoreux, effervescents…)Plafond conventionnel réduit de 30 mg/l

Pour comparaison, les plafonds du vin conventionnel sec sont de 150 mg/l pour les rouges et de 200 mg/l pour les blancs et rosés. Les années difficiles, lorsque l'état sanitaire de la vendange l'exige, le règlement prévoit que l'autorité compétente peut autoriser une teneur plus élevée, sans dépasser le plafond conventionnel. Les vins « sans sulfites ajoutés » relèvent d'une démarche du producteur, qui n'est pas une exigence du bio.

Le cas récent des vins désalcoolisés

La demande de vins sans alcool ou à faible teneur en alcool a conduit l'Union à revoir les règles. Le règlement délégué (UE) 2025/405 a ajouté l'évaporation partielle sous vide et la distillation à la liste des procédés utilisables en production biologique pour la désalcoolisation totale, à des conditions strictes : titre alcoométrique final ne dépassant pas 0,5 % vol, température ne dépassant pas 75 °C, filtration à 0,2 micromètre au moins, distillation sous vide. La désalcoolisation partielle, elle, reste interdite. Pour les viticulteurs bio, c'est une piste de diversification parmi d'autres, citée dans les réflexions régionales sur l'avenir des exploitations.

Le contrôle au chai

La certification ne s'arrête pas à la vigne. Le chai est contrôlé comme toute unité de préparation : l'organisme certificateur vérifie les registres de cave, les entrées de raisins et de moûts, les achats de produits œnologiques et leur conformité à la liste bio, la séparation des cuves lorsque le domaine vinifie aussi des raisins non biologiques, et la traçabilité jusqu'à la mise en bouteille. Une cave coopérative ou un prestataire qui vinifie pour le compte de vignerons bio doit lui aussi être certifié pour cette activité. En pratique, la tenue rigoureuse du registre de cave et la conservation des fiches techniques des produits utilisés sont les meilleures garanties lors du contrôle annuel.

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Sources