Vigne & vin bio

Enherbement et couverts végétaux dans les vignes : sols vivants entre les rangs

Vigne & vin bio · Publié le 2026-10-27

Parcelle verdoyante sous un ciel bleu, avec au loin des machines d'entretien de l'herbe entre les rangs
Entretien de l'herbe entre les rangs d'un vignoble. Photographie de Mustang Joe, CC0. Illustration générale.

Dans un vignoble désherbé chimiquement, le sol entre les rangs reste nu toute l'année. En agriculture biologique, où les herbicides de synthèse sont interdits, le vigneron doit choisir : travailler le sol mécaniquement, le laisser se couvrir d'herbe, ou semer des couverts. La plupart des domaines combinent ces approches, rang par rang et saison par saison. Ce choix touche à la fois la vigueur de la vigne, la vie du sol, l'érosion et le temps de travail.

Ce que l'herbe apporte à la vigne

Un inter-rang couvert d'herbe résiste mieux aux fortes pluies : les racines tiennent la terre, la couverture limite le ruissellement et la battance. Sur les coteaux, c'est souvent la première raison d'enherber. L'herbe améliore aussi la portance du sol : les tracteurs peuvent passer plus tôt après une pluie, ce qui compte en viticulture bio, où la protection contre le mildiou exige parfois d'intervenir rapidement, comme nous l'expliquons dans l'article sur le cuivre.

Sous la surface, l'enherbement entretient la matière organique, nourrit les vers de terre et les micro-organismes, et améliore la structure du sol. Il héberge aussi une faune auxiliaire, notamment des araignées et des acariens prédateurs, utiles contre certains ravageurs. Enfin, il modère la vigueur de la vigne, ce qui peut être recherché sur des sols riches pour limiter l'entassement du feuillage et le risque de pourriture.

Ce qu'il lui coûte

L'herbe est une concurrente. Au printemps et en été, elle puise dans la même réserve d'eau que la vigne et consomme de l'azote. Dans les régions sèches, ou sur des sols superficiels, un enherbement permanent de tous les rangs peut réduire fortement la vigueur et le rendement, voire stresser les jeunes plantations. Les sécheresses et canicules récentes, comme celles de l'été 2025 relevées par l'observatoire régional de Nouvelle-Aquitaine, ont rappelé ce risque.

D'où une grande diversité de stratégies selon les régions : enherbement permanent quasi généralisé dans les vignobles humides du nord et de l'ouest, enherbement d'un rang sur deux ou couverts temporaires dans les régions plus sèches, sol travaillé en été dans les zones méditerranéennes.

Spontané ou semé, permanent ou temporaire

L'enherbement spontané

On laisse pousser la flore naturelle et on la maîtrise par la tonte ou le broyage. C'est la solution la plus économique, mais la composition n'est pas maîtrisée : des graminées vigoureuses peuvent s'installer, ou des espèces peu couvrantes.

L'enherbement semé permanent

Des mélanges de graminées peu concurrentes (fétuques, pâturins, ray-grass selon les cas) et parfois de trèfles sont semés pour plusieurs années. Ils offrent une bonne portance mais demandent un sol préparé et un entretien régulier.

Les couverts temporaires

Semés à l'automne après les vendanges, des mélanges de céréales (orge, seigle, avoine), de légumineuses (féverole, vesce, pois, trèfle) et parfois de crucifères couvrent le sol pendant l'hiver, la période où la vigne n'a pas besoin d'eau. Au printemps, avant que la concurrence ne devienne forte, ils sont roulés pour former un paillis, broyés ou enfouis. Les légumineuses apportent de l'azote, les céréales de la biomasse et de la structure. C'est le même raisonnement que pour les couverts en grandes cultures, adapté au calendrier de la vigne.

Sous le rang : le point dur

La bande de terre sous les ceps est la plus difficile à gérer sans herbicide. Les solutions mécaniques dominent : interceps à lames, disques, outils rotatifs, décavaillonneuses qui rejettent la terre buttée en hiver. Ces passages sont nombreux, lents et demandent de la précision pour ne pas blesser les ceps. Quelques domaines testent l'enherbement sous le rang avec des espèces basses, ou le paillage avec des résidus de couverts ou des matériaux organiques, avec des résultats variables selon les sols et les climats.

Le désherbage thermique et les produits de biocontrôle à action herbicide existent aussi, mais leur coût et leurs limites d'efficacité en restreignent l'usage.

Ce que dit la réglementation

Le règlement (UE) 2018/848 ne prescrit pas de mode d'entretien du sol en viticulture : il interdit les herbicides de synthèse et pose l'objectif de préserver la vie et la fertilité du sol. Les cahiers des charges de certaines appellations peuvent en revanche imposer ou encourager l'enherbement, ou au contraire en limiter la proportion. Pour la PAC, la couverture végétale de l'inter-rang compte parmi les pratiques reconnues pour les cultures pérennes dans l'écorégime ; les exploitations certifiées bio y accèdent de toute façon par la voie de la certification.

Trouver son équilibre

Il n'existe pas de modèle unique. Les fermes de démonstration et les réseaux d'expérimentation des instituts techniques et des chambres d'agriculture comparent ces stratégies depuis des années ; leurs synthèses sont la meilleure base pour adapter les choix à un terroir donné. Pour la suite du parcours, de la vigne au chai, voir aussi notre article sur les règles du vin bio.

Sources