Le cadre bio

Biocontrôle : ce que dit la loi, et pourquoi ce n'est pas la même chose que le bio

Le cadre bio · Publié le 2026-10-27

Coccinelle à sept points rouge posée sur une tige fine au milieu d'un feuillage vert très découpé
Coccinelle à sept points. Photographie de l'U.S. Fish and Wildlife Service, domaine public.

Le mot « biocontrôle » s'est imposé dans le vocabulaire agricole français depuis une quinzaine d'années. Il désigne une famille de méthodes de protection des plantes fondées sur des mécanismes naturels. Il a une définition légale précise, qui n'est pas celle de l'agriculture biologique : un produit de biocontrôle n'est pas forcément utilisable en bio, et un produit utilisable en bio n'est pas forcément du biocontrôle.

Une définition inscrite dans le code rural

L'article L. 253-6 du code rural et de la pêche maritime définit les produits de biocontrôle comme des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures. Le texte cite quatre catégories :

Les macro-organismes ne sont pas des produits phytopharmaceutiques : leur introduction dans l'environnement relève d'une autorisation spécifique, délivrée après évaluation du risque pour la biodiversité locale, surtout lorsqu'il s'agit d'espèces non indigènes. Les trois autres familles sont des produits phytopharmaceutiques au sens du règlement (CE) n° 1107/2009 : leurs substances actives doivent être approuvées au niveau européen et chaque produit doit obtenir une autorisation de mise sur le marché délivrée en France par l'Anses, après un dossier comprenant des essais d'efficacité au champ.

La liste officielle

Tous les produits contenant une substance naturelle ne sont pas reconnus comme produits de biocontrôle. Le ministère de l'Agriculture publie une liste des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle, par note de service de la direction générale de l'alimentation, mise à jour plusieurs fois par an. Pour y figurer, un produit doit répondre à des critères fixés par le code rural, qui excluent notamment certaines classes de danger. C'est cette liste, et non la communication du fabricant, qui fait foi.

Les avantages réglementaires

Le statut de produit de biocontrôle ouvre plusieurs régimes favorables :

Biocontrôle et bio : deux listes différentes

La confusion est fréquente, car les deux notions se recoupent largement. Mais elles reposent sur des textes distincts :

Le cuivre, le soufre ou l'huile de paraffine sont utilisables en bio ; leur statut au regard de la liste biocontrôle dépend de chaque produit. À l'inverse, un médiateur chimique de synthèse peut être reconnu comme produit de biocontrôle sans être admis en bio si sa substance n'est pas inscrite à l'annexe I. Pour un agriculteur bio, la question à poser est toujours : la substance est-elle dans la liste bio, et le produit a-t-il une autorisation pour l'usage visé ? Notre article sur les intrants autorisés explique comment le vérifier.

Substances de base et préparations naturelles

Deux catégories proches complètent le paysage. Les substances de base sont des substances qui ne sont pas destinées en premier lieu à la protection des plantes mais qui peuvent y être utiles (la prêle des champs, l'ortie, le vinaigre ou la lécithine, par exemple). Elles sont approuvées au niveau européen par une procédure allégée et n'ont pas besoin d'autorisation de mise sur le marché, à condition de suivre les conditions d'emploi de leur rapport d'examen. Les préparations naturelles peu préoccupantes sont une catégorie française qui regroupe les substances de base et des substances naturelles à usage biostimulant, avec une procédure simplifiée. Leur utilisation en agriculture biologique reste soumise à la liste bio.

Ce que le biocontrôle peut, et ne peut pas

Les méthodes de biocontrôle sont souvent plus spécifiques que les produits de synthèse : une phéromone ne vise qu'une espèce, un auxiliaire qu'une gamme de proies. C'est un atout pour la faune non ciblée, et une contrainte pour l'agriculteur, qui doit bien identifier le ravageur, intervenir au bon moment et combiner plusieurs leviers. L'efficacité dépend aussi des conditions : un champignon antagoniste a besoin d'humidité, un auxiliaire lâché doit trouver un milieu favorable. C'est pourquoi le biocontrôle s'inscrit dans la lutte intégrée, avec les rotations, les variétés résistantes, les haies et les bandes fleuries qui abritent les auxiliaires naturels.

Il n'existe pas, pour toutes les cultures et tous les bioagresseurs, une solution de biocontrôle aussi efficace qu'un produit conventionnel. En viticulture, par exemple, aucune alternative ne remplace aujourd'hui entièrement le cuivre contre le mildiou, comme nous l'expliquons dans l'article sur le cuivre en viticulture bio.

Sources

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