Essais au champ et bonnes pratiques d'expérimentation : comment un produit de protection des plantes est évalué

Entre l'idée d'un nouveau produit de protection des plantes et sa mise en vente, il y a des années de travail, dont une part se joue dans des champs ordinaires : des parcelles découpées en petites placettes, traitées ou non selon un plan précis, observées et notées au fil de la saison. Ces essais d'efficacité obéissent à un référentiel exigeant, les bonnes pratiques d'expérimentation (BPE). Les produits de biocontrôle et ceux qui sont utilisables en agriculture biologique n'y échappent pas.
Pourquoi des essais au champ
Le règlement (CE) n° 1107/2009 encadre la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques dans l'Union. Une substance active est d'abord approuvée au niveau européen ; chaque produit qui la contient doit ensuite être autorisé dans les États membres où il sera vendu, pour des usages précis. Le dossier comporte une partie toxicologique et environnementale, et une partie « biologique » : le produit est-il efficace, à quelle dose, est-il sélectif pour la culture, a-t-il des effets sur le rendement ou la qualité, existe-t-il un risque de résistance ?
Le règlement (UE) n° 284/2013, qui fixe les exigences en matière de données, prévoit que ces informations biologiques (efficacité, sélectivité, phytotoxicité, effets sur les cultures suivantes, résistance) sont obtenues lors d'essais officiels ou officiellement reconnus, conduits selon les principes des BPE définis par la ligne directrice PP 1/181 de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP).
Officiels ou officiellement reconnus
En France, l'article R. 253-38 du code rural et de la pêche maritime distingue les essais officiels, conduits par des services publics, et les essais officiellement reconnus. Ces derniers sont déclarés par le demandeur de l'autorisation ou pour son compte, et réalisés par une personne physique ou morale agréée à cet effet par le ministre chargé de l'Agriculture. L'arrêté du 26 avril 2007 relatif aux essais officiels et officiellement reconnus définit les secteurs d'activité couverts (grandes cultures, vigne, arboriculture, cultures légumières, etc.) et impose que les essais soient conduits au sein d'un réseau d'expérimentation organisé.
L'agrément est délivré pour un ou plusieurs secteurs et pour une durée de cinq ans, après une évaluation de l'organisme. Le référentiel des BPE a été rédigé par la direction générale de l'alimentation (DGAL) avec le concours du Comité français d'accréditation (Cofrac). Sa version actuelle, la révision 02, est entrée en application le 1er juin 2020 ; elle a remplacé la révision 01 de novembre 2013.
Les organismes agréés sont de nature très diverse : instituts techniques agricoles, chambres d'agriculture, coopératives, services de recherche des fabricants, et sociétés privées spécialisées dans l'expérimentation pour le compte de tiers. Ces dernières, souvent appelées organismes de recherche sous contrat, travaillent pour les fabricants de produits phytopharmaceutiques, de biostimulants, de produits de biocontrôle ou de semences.
Ce que le référentiel exige
Les BPE décrivent la manière dont un réseau d'expérimentation s'organise pour que les données soient fiables et comparables. Le référentiel couvre notamment :
- le personnel : responsabilités définies, compétences suivies, formation continue ;
- le contrôle de la qualité : vérification du respect des BPE lors de la programmation, de la mise en place, de la réalisation et du rapport de chaque essai, y compris en cas de sous-traitance ;
- la protection des opérateurs : équipements individuels, fiches de données de sécurité ;
- la documentation : procédures écrites, enregistrements, conservation des données brutes ;
- les installations : stockage des produits, local de pesée, stockage du matériel, gestion des déchets ;
- les équipements : pulvérisateurs d'expérimentation étalonnés, balances vérifiées, logiciels maîtrisés ;
- la conduite des essais : protocole, mise en place, réalisation, enregistrement des données, rapport d'essai et rapport de série d'essais.
Le déroulement d'un essai
- Le protocole fixe l'objectif, la culture, le bioagresseur visé, les modalités comparées (produit testé à différentes doses, produit de référence, témoin non traité), le dispositif statistique (souvent des blocs répétés) et les observations prévues.
- La déclaration : l'essai doit être déclaré à l'Anses, via le système d'information pour la déclaration des essais de produits (SIDEP), pour être officiellement reconnu.
- La mise en place : choix d'une parcelle représentative, souvent chez un agriculteur, délimitation des placettes, application avec un matériel adapté aux petites surfaces.
- Les notations : fréquence et intensité de la maladie, comptage de ravageurs, symptômes de phytotoxicité, rendement à la récolte. Le référentiel prévoit, le cas échéant, la destruction des récoltes issues des parcelles traitées.
- Le rapport : il présente toutes les données, y compris défavorables. Les résultats des essais déclarés doivent être intégrés en totalité dans la partie biologique du dossier de demande d'autorisation.
Et pour le bio et le biocontrôle ?
Un produit de biocontrôle à base de micro-organismes, de phéromones ou de substances naturelles reste un produit phytopharmaceutique au sens du règlement 1107/2009. Il doit donc démontrer son efficacité de la même manière, et le référentiel précise que les préparations à base de micro-organismes, les phytoprotecteurs, les synergistes et les adjuvants sont concernés. Les produits utilisables en agriculture biologique suivent le même chemin : figurer dans la liste bio ne dispense pas d'une autorisation de mise sur le marché. Notre article sur le biocontrôle détaille les avantages réglementaires dont ces produits bénéficient ensuite.
Les biostimulants et les engrais, eux, relèvent d'une autre réglementation (le règlement (UE) 2019/1009 ou le droit national des matières fertilisantes) et n'entrent pas dans le champ de l'agrément BPE, même si leurs fabricants font souvent appel aux mêmes stations d'essais. Pour savoir lesquels sont admis en bio, voir notre article sur les intrants autorisés.
Lire un résultat d'essai
Un essai isolé ne prouve pas grand-chose : l'efficacité d'un produit varie selon l'année, la pression de la maladie, le sol et la variété. C'est pourquoi les dossiers reposent sur des séries d'essais conduits sur plusieurs sites et plusieurs saisons, et pourquoi l'évaluateur regarde l'écart avec le témoin non traité et avec le produit de référence plutôt qu'un pourcentage d'efficacité brut. Les instituts techniques publient chaque année des synthèses d'essais qui permettent aux agriculteurs de se faire une idée indépendante des fiches commerciales.
Sources
- Ministère de l'Agriculture, DGAL, « Référentiel des exigences des Bonnes Pratiques d'Expérimentation (BPE) relatives à l'agrément pour la réalisation d'essais officiellement reconnus », révision 02, février 2020, entrée en application le 1er juin 2020.
- Code rural et de la pêche maritime, article R. 253-38 ; arrêté du 26 avril 2007 relatif aux essais officiels et officiellement reconnus.
- Règlement (CE) n° 1107/2009 ; règlement (UE) n° 284/2013, annexe, section 6 (EUR-Lex).
- OEPP, norme PP 1/181 « Conduite et rapport des essais d'évaluation biologique, y compris les bonnes pratiques d'expérimentation ».
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