Le cadre bio

Engrais, amendements, protection des plantes : les intrants autorisés en agriculture biologique

Le cadre bio · Publié le 2026-10-27

Deux tracteurs dans un champ labouré de Bretagne, l'un épandant un fertilisant, l'autre travaillant le sol derrière lui
Épandage et travail du sol dans un champ de Bretagne. Photographie de PtiBzh, CC0.

En agriculture biologique, on ne raisonne pas en « produits interdits » mais en « produits autorisés » : tout ce qui n'est pas expressément prévu par la réglementation est exclu. Pour un agriculteur, un jardinier curieux ou un étudiant, comprendre cette logique évite bien des erreurs, à commencer par celle qui consiste à croire qu'un produit « naturel » est forcément utilisable en bio.

Une liste positive, fixée au niveau européen

Le règlement (UE) 2018/848 pose le principe : les intrants externes doivent être limités et, lorsqu'ils sont nécessaires, il faut privilégier les substances naturelles ou issues de la production biologique. Les produits qui peuvent être utilisés sont énumérés dans le règlement d'exécution (UE) 2021/1165 de la Commission. Ses annexes sont organisées par usage :

Pour chaque substance, la liste peut fixer des conditions d'emploi : origine, teneur maximale, usage réservé. La Commission modifie régulièrement ces annexes, souvent sur avis d'un groupe d'experts, à la demande des États membres. Une substance absente de la liste ne peut pas être utilisée, même si elle est d'origine naturelle.

Le principe de nécessité

Figurer sur la liste ne suffit pas. Pour la fertilisation, l'annexe II du règlement 2018/848 prévoit que la fertilité du sol est entretenue d'abord par la rotation pluriannuelle des cultures, avec des légumineuses et des engrais verts, et par l'apport d'effluents d'élevage ou de matières organiques, de préférence compostés, issus de la production biologique. Les engrais et amendements du commerce ne viennent qu'ensuite, lorsque les besoins nutritionnels des plantes ne sont pas couverts par ces moyens, et seulement dans la mesure nécessaire.

Il en va de même pour la protection des cultures : la prévention (variétés adaptées, rotations, protection des auxiliaires, techniques culturales) passe en premier, et le recours à un produit n'est justifié qu'en cas de menace avérée. L'organisme certificateur peut demander à l'agriculteur de justifier ses apports, par exemple avec une analyse de sol ou un plan de fumure. C'est l'une des raisons pour lesquelles la fertilisation organique se raisonne à l'échelle de la rotation, et non culture par culture.

Les engrais : ce qui est admis, et à quelles conditions

L'annexe II du règlement 2021/1165 couvre des familles très différentes : fumiers et lisiers, fientes, composts d'effluents d'élevage, compost de biodéchets ménagers collectés séparément (avec des teneurs maximales en métaux lourds), produits et sous-produits d'origine animale comme les farines de sang ou de plumes, vinasses, algues, roches broyées comme le phosphate naturel tendre, sulfate de potassium d'origine naturelle, chaux, soufre élémentaire, oligo-éléments. Les engrais azotés minéraux de synthèse sont exclus.

Plusieurs entrées portent une condition d'origine. Les effluents et certains produits issus d'élevages portent la mention « provenance d'élevages industriels interdite ». Le règlement ne définit pas ce qu'est un élevage industriel. En France, le guide de lecture de l'INAO considère comme industriels notamment les élevages en caillebotis ou grilles intégraux et en cages au-delà de certains seuils. L'association AFAÏA, syndicat professionnel des fabricants d'engrais organiques, a contesté cette interprétation : le Conseil d'État a saisi la Cour de justice de l'Union européenne en avril 2023, qui a statué le 4 octobre 2024 (affaire C-228/23). Selon le résumé publié au Journal officiel de l'Union, la Cour retient que la qualification d'élevage industriel repose sur un faisceau d'indices portant au moins sur le bien-être animal, la biodiversité et la protection de l'environnement et du climat.

Un autre plafond s'applique à l'échelle de l'exploitation : la quantité totale d'effluents d'élevage épandue ne peut pas dépasser 170 kilos d'azote par an et par hectare de surface agricole utilisée. En zone vulnérable, ce chiffre recoupe le plafond de la directive « nitrates », qui s'applique à toutes les exploitations, bio ou non.

Biostimulants et produits « naturels »

Depuis l'entrée en application du règlement (UE) 2019/1009 sur les fertilisants, les biostimulants peuvent être commercialisés dans l'Union avec un marquage CE. Ce marquage ne vaut pas autorisation en bio : le biostimulant doit être composé de substances figurant à l'annexe II du règlement 2021/1165, ou de micro-organismes admis. Les extraits de plantes, purins et décoctions préparés à la ferme relèvent d'autres règles encore. En France, certains sont admis comme « substances de base » au niveau européen (la prêle des champs ou l'ortie, par exemple) ou comme préparations naturelles peu préoccupantes ; leur utilisation en bio dépend de la présence de la substance dans l'annexe I.

Les produits de protection des plantes : une double autorisation

Un produit phytopharmaceutique utilisable en bio doit franchir deux étapes. Sa ou ses substances actives doivent être approuvées au niveau européen au titre du règlement (CE) n° 1107/2009, et figurer à l'annexe I du règlement 2021/1165. Le produit lui-même doit ensuite obtenir, en France, une autorisation de mise sur le marché délivrée par l'Anses, pour des usages précis (une culture, un ravageur ou une maladie, une dose). Le dossier comporte des données d'efficacité obtenues lors d'essais au champ conduits selon les bonnes pratiques d'expérimentation, sujet de notre article sur l'évaluation des produits au champ.

Le cuivre et le soufre, l'huile de paraffine, le spinosad, certaines phéromones, des micro-organismes comme Bacillus thuringiensis figurent parmi les substances bien connues de la liste bio. Beaucoup de produits de biocontrôle sont utilisables en bio, mais pas tous, et inversement : les deux notions ne se recouvrent pas, comme nous l'expliquons dans l'article sur le biocontrôle.

Comment vérifier en pratique

  1. Lire la composition, pas seulement le nom commercial ni la mention « utilisable en agriculture biologique » portée par le fabricant, qui n'a pas de valeur officielle.
  2. Vérifier la liste de l'annexe concernée du règlement 2021/1165, dans sa version consolidée, et les conditions d'emploi qu'elle fixe.
  3. Pour un produit phytopharmaceutique, vérifier aussi l'autorisation de mise sur le marché en France et les usages autorisés, dans le catalogue public de l'Anses.
  4. Conserver les justificatifs : factures, fiches techniques, attestations d'origine. L'organisme certificateur les demandera lors du contrôle.
  5. En cas de doute, demander à l'organisme certificateur avant l'achat. Certains organismes et l'INAO publient des listes d'intrants qu'ils ont examinés ; elles sont utiles, mais n'engagent que ceux qui les publient.

Ce site ne recommande aucun produit commercial et n'en vend aucun. Les exemples de substances cités ici le sont à titre d'illustration de la réglementation.

Sources

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